
Des fjords de Norvège aux forêts profondes de Suède et de Finlande, la Scandinavie abrite l’une des faunes les plus riches et les mieux préservées d’Europe. Tour d’horizon des animaux emblématiques du Grand Nord — et des conseils pour les photographier avec respect.
Une faune façonnée par l’extrême
Vivre au-delà du cercle polaire impose des adaptations spectaculaires. Ici, les animaux affrontent des hivers de plusieurs mois, une nuit polaire interminable puis un soleil de minuit permanent, et des températures qui peuvent chuter sous les −40 °C. Fourrures épaisses, livrées qui changent de couleur au fil des saisons, migrations sur des milliers de kilomètres, hibernation : chaque espèce a développé sa stratégie de survie.
Cette faune se répartit selon de grands milieux : la toundra arctique et les hauts plateaux, le littoral et les fjords, et l’immense taïga — la forêt boréale de conifères qui couvre une large part de la Suède et de la Finlande. Comprendre ces habitats, c’est déjà savoir où chercher l’animal.
Le renne, âme de la Laponie
Impossible d’évoquer la faune scandinave sans commencer par le renne. Présent en Norvège, en Suède et en Finlande, il est intimement lié à la culture du peuple sami, qui en pratique l’élevage semi-nomade depuis des siècles. En Laponie, on croise des troupeaux entiers traversant routes et plaines enneigées, leur souffle formant des nuages de buée dans l’air glacé.
On distingue le renne d’élevage, omniprésent, du renne sauvage, plus farouche, qui subsiste surtout dans les hauts plateaux du sud de la Norvège. Robuste et paisible, capable de flairer le lichen sous la neige, il incarne à lui seul l’âme du Grand Nord et la relation ancestrale entre l’homme et l’animal en milieu arctique.
L’élan, géant discret des forêts
C’est le plus grand animal terrestre de Scandinavie. Surnommé « le roi de la forêt », l’élan (appelé orignal en Amérique du Nord) peut dépasser deux mètres au garrot et peser plus de 500 kilos. Solitaire et étonnamment discret malgré sa taille, il fréquente les forêts et les zones humides de Suède, de Finlande et de Norvège.
On l’observe surtout à l’aube et au crépuscule, lorsqu’il vient s’alimenter en lisière. Les mâles arborent au printemps et en été d’impressionnants bois qu’ils perdent chaque hiver. Patience et silence sont les maîtres mots pour espérer le surprendre.
Les oiseaux marins des falaises
Les côtes scandinaves, et tout particulièrement le littoral norvégien, accueillent au printemps et en été d’immenses colonies d’oiseaux marins. Le macareux moine, avec son bec multicolore et son allure pataude, en est la vedette incontestée : il niche en terriers au sommet des falaises de juin à août.
À ses côtés vit la sterne arctique, championne du monde de la migration : chaque année, elle relie l’Arctique à l’Antarctique, parcourant des dizaines de milliers de kilomètres pour suivre l’été d’un pôle à l’autre. Au-dessus de ces falaises plane aussi le pygargue à queue blanche, le plus grand rapace d’Europe du Nord, dont les populations norvégiennes comptent parmi les plus denses du monde.

Le renard arctique, survivant des toundras
Plus discret, le renard polaire est un véritable survivant. Capable de résister à des températures extrêmes grâce à son épaisse fourrure et à ses pattes couvertes de poils, il change de livrée au fil des saisons : blanc immaculé l’hiver, brun-gris l’été. Cette mue lui offre un camouflage parfait.
Longtemps chassé pour sa fourrure, il a frôlé la disparition en Scandinavie continentale ; en Suède, en Norvège et en Finlande, il fait aujourd’hui l’objet de programmes de protection actifs. Observer une portée de renardeaux jouant sur la toundra est un privilège rare qui rappelle la fragilité de ces écosystèmes.

Les grands prédateurs : ours, loup, lynx et glouton
La taïga scandinave abrite les « quatre grands » prédateurs d’Europe du Nord. L’ours brun, surtout présent en Finlande et en Suède, est le plus emblématique : on l’observe depuis des affûts spécialisés, à distance et en toute sécurité, principalement au printemps et en été.
Le loup gris, longtemps persécuté, recolonise lentement certaines régions de Suède et de Norvège. Le lynx boréal, félin discret aux oreilles ornées de pinceaux noirs, chasse dans les forêts profondes ; on le voit rarement, mais sa présence est un excellent indicateur de la santé de l’écosystème. Enfin, le glouton (ou carcajou), redoutable charognard des montagnes, complète ce quatuor — l’un des animaux les plus difficiles à apercevoir de toute la Scandinavie.
Géants des mers : baleines et orques
La faune scandinave ne s’arrête pas au rivage. Au large des côtes du nord de la Norvège, les eaux froides et poissonneuses attirent baleines à bosse et orques, surtout en hiver lorsqu’elles suivent les bancs de harengs jusque dans les fjords, autour de Tromsø et de Skjervøy.
Les voir surgir entre des montagnes enneigées, dans la lumière bleutée de l’hiver arctique, compte parmi les rencontres les plus bouleversantes du voyage. L’observation se pratique de façon encadrée et responsable, depuis des embarcations qui respectent des distances strictes.

Les cormorans et les oiseaux des fjords
Plus bas, sur les rochers battus par les embruns, règnent les cormorans. Postés sur les pieux et les récifs des fjords, ailes déployées pour sécher au soleil couchant, ils composent des silhouettes graphiques chères aux photographes. Excellents plongeurs, ils font partie intégrante de la vie côtière nordique.
Ils partagent ces rivages avec les eiders à duvet, les goélands, les guillemots et de nombreux limicoles. Aux heures dorées, leurs profils découpés contre un ciel embrasé offrent des images d’une élégance saisissante, où la lumière compte autant que le sujet.
Photographier la faune nordique : conseils & éthique
Photographier les animaux du Nord impose une règle d’or : le respect absolu de l’animal et de son habitat. La plus belle image est toujours celle qui n’a dérangé personne. Voici les repères essentiels.
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Enjeu |
Le bon réflexe |
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Distance |
Téléobjectif (300–600 mm) pour ne jamais s’approcher |
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Oiseaux en vol |
Vitesse rapide (1/1000 s et plus), AF continu |
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Lumière |
Aube et crépuscule ; éviter le contre-jour dur |
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Affût |
Patience, vêtements neutres, silence |
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Éthique |
Ne jamais nourrir ni approcher les nids et les petits |
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Saison |
Été pour les oiseaux et l’ours ; hiver pour les baleines |
Que l’on traque le renne dans la neige, le macareux sur sa falaise ou la baleine au fil de l’eau, la faune du Grand Nord se mérite. C’est précisément ce qui rend chaque rencontre inoubliable — et chaque image précieuse.
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